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Grosse tete

Ce matin, je me suis rendue au glasses market (marché aux lunettes) de la Shanghai railway station (gare du Nord de Shanghai) pour récupérer mes lunettes aux fausses montures Tiffany… Le nombre d’étrangers présents sur les lieux à ce moment-là étant plutôt réduit, les vendeurs me repéraient très vite et m’alpaguaient avec des : « May I help you ? ». J’ai eu très rapidement la sensation d’être une star montant le tapis rouge du festival de Cannes, appelée vigoureusement par les photographes bloqués par vigiles et barrières de sécurité… La différence majeure avec une star du festival de Cannes est que je n’ai joué dans un aucun film, ou alors personne ne m’en aurait jamais parlé ?… Alors pourquoi un tel engouement ? Parce que mon physique occidental (ou plutôt non-asiatique) est corrélé à un compte en banque bien rempli. Croient-ils tous que, riche comme Crésus, je vais acheter dix paires de lunettes pour toute ma famille et ainsi faire vivre la leur ? Je ne peux pas me résoudre à un tel raccourci …

Dans le magasin où j’essayais mes fausses Tiffany, magasin recommandé par mon ophtalmo allemande et qui doit recevoir nombre d’étrangers, les clients chinois m’observaient comme des bêtes curieuses. Je me suis alors demandé quelles réactions avoir dans de telles circonstances: terminer le plus rapidement possible ses emplettes et prendre ses jambes à son cou pour enfin retrouver l’anonymat de la rue, ou alors accepter la place offerte et accepter de jouer avec tous ces regards?… Un étranger quinquagénaire passait devant la boutique au moment de mes réflexions. En observant rapidement sa démarche et son sourire, je comprenais qu’il avait choisi la deuxième solution.

Se retrouver au centre de l’attention le temps du glasses market n’est pas si dramatique, mais il existe mille et une raisons insidieuses à Shanghai pour prendre la grosse tête. Vos collègues chinoises vous disent ô combien vous êtes bien habillées et bien maquillées, alors que la tenue passerait complètement inaperçue en France. Les Chinoises des bars mettent de côté leur mignonne timidité pour aller flirter avec les beaux laowai (étrangers en chinois), même ceux qui n’ont jamais été approchés par une seule fille dans leurs propres pays… Dans les restaurants, les serveurs mettent les petits plats dans les grands pour les étrangers. Ah oui, et surtout, il est tellement plus facile à Shanghai que dans son pays de fréquenter du beau monde : « Tiens, hier, à l’anniversaire de Machin, on s’est retrouvé avec le CEO de Carrefour Chine ! Celui de Chanel n’était pas très loin»…

Alors, comment ne pas prendre la grosse tête à Shanghai ? En s’entourant de personnes qui ont les pieds sur terre. Ces personnes existent. Il faut sans doute être plus à l’écoute que d’habitude pour les trouver…

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