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HSSamedi soir, j’ai retrouvé plusieurs amis au Salute, restaurant espagnol sur la Fuxing lu. Le patio de ce lieu crée immédiatement une ambiance méditerranéenne de farniente, où l’éclairage tamisé fonctionne grâce à la lumière des bougies et les tables en bois rappellent les maisons de vacances. Des jambons sont suspendus deçà delà et des meules de fromage attendent d’être dévorées…

A moins d’un mètre de nous, un homme était attablé seul. Une bougie éclairait son visage qui trahissait une profonde tristesse. L’une des personnes de notre table remarqua la scène, et d’un coup, comme un seul homme, l’ensemble des amis se retourna de la manière la plus indiscrète qui soit pour regarder. Nous étions un groupe de Français et avions bien compris que l’individu, bien qu’Occidental, ne parlait pas notre langue. L’indiscrétion continua alors bon train et les paris sur sa situation commencèrent : « Il est sûrement en voyage d’affaire et ne connait personne ici ! », « Sa petite amie l’a planté sans le prévenir, c’est vache quand même ! », « Il vient d’arriver à Shanghai pour un boulot, il a envie de faire connaissance, c’est certain ! »…

La pauvre créature ne semblait pas troublée par nos gesticulations, malgré la faible distance qui nous séparait. Sa douleur avait annihilé tous ses sens, surtout la vue et l’ouïe…

Dans sa grande bonté, l’une d’entre nous proposa de l’inviter à notre table. « C’est vrai, on ne peut pas laisser quelqu’un dîner tout seul ! Il m’est déjà arrivé de me retrouver esseulée sur une aire d’autoroute pendant le déjeuner. Un gentil monsieur m’a proposé de rejoindre la table de sa famille. Ça m’a fait vraiment plaisir. Le seul bémol est que sa femme a boudé pendant la totalité du repas…». Ici, le risque ne se présentait pas. Un autre ami était d’accord pour inviter l’homme. On ne pouvait le laisser dépérir sans rien faire. Les autres personnes commencèrent à faire la tête. « On s’est retrouvé ce soir pour discuter entre nous, pas pour faire la causette à un Américain ! ».

Un véritable feu d’artifices d’idées se rencontrant et s’entrechoquant dura pendant un moment, jusqu’à ce qu’une personne fasse son apparition à la table de notre cher voisin. Son regard s’illumina en un temps record pour passer du désespoir à la joie complète… Son immense sourire nous contamina tous, laissant s’envoler les tensions qui étaient apparues à notre table.

La jeune femme était une pétillante chinoise aux lunettes noires en forme de cœur. Le mystère de la table d’à côté était résolu et notre Américain passa l’une de ses plus belles soirées. Nous le savons, nous n’étions pas loin!

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