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Pour mon anniversaire, mon chéri m’a offert la statuette du bouddha rieur que l’on voit dans les temples. Lorsque je m’arrête rapidement pour observer la divinité, un sourire naît presque immédiatement. C’est sans doute cette expression vouée toute entière à l’hilarité, révélant l’abandon à une joie intense et parfaite qui m’aspire et m’englobe… Je rêve même parfois qu’il devienne réalité.

Il ne s’agit pas de Bouddha, le bouddha que nous connaissons tous, appelé aussi Siddharta Gautama, ou encore Shakyamuni. Le bouddha rieur est en réalité le successeur de Bouddha sur la Terre et se nomme Milefu pour les Chinois. Il sera le Bouddha de l’amour bienveillant.

Milefu est un bodhisattva. Cela signifie qu’il a formé le vœu de suivre le chemin du bouddha actuel et qu’il suit des règles destinées à ouvrir les autres êtres à l’éveil. Ces règles lui permettent aussi d’atteindre son propre éveil définitif, qui est celui d’un bouddha.

Son aspect physique ne relève d’aucun canon occidental, tous lieux et toutes périodes confondus ! Autour du sourire extraordinaire, des lobes anormalement démesurés pèsent sur les épaules. Une poitrine s’est généreusement développée, le ventre tombe sous le poids de la graisse et les doigts de pieds courts et boudinés semblent paralysés par le corps adipeux…

L’inspiration de cette représentation vient du moine errant Chan, qui a vécu au Xème siècle en Chine et qui était un bon vivant. Ce type de physique crée l’assurance inconsciente qu’une partie de rigolade va commencer.

Grâce à son image, Milefu est sollicité pour le bonheur et la prospérité. Il fait partie des dieux de la fortune. Je crois qu’aucun saint de la religion catholique n’est voué aux comptes bancaires. Faut-il envoyer une proposition au Pape François ?

Une autre version existe. Le gros ventre de Milefu contient tout ce qu’il y a d’insupportable sous le ciel, et le rire résulte de la moquerie bienveillante des personnes peu dignes d’estime qui recherchent la richesse, la gloire ou la satisfaction physique. Cette manière de faire est destinée à les éveiller.

La mentalité des Chinois d’aujourd’hui bascule entre un fort désir de richesse et une volonté de détachement matériel. Je crois qu’il est possible que deux personnes prient en même temps Milefu pour des raisons radicalement opposées : « Pour vous, ce sera abondance ou sobriété ? »

Le physique particulier du bouddha rieur, mais aussi celui des divinités asiatiques qui est souvent charnu, a véritablement marqué les esprits. Pendant la période d’évangélisation des territoires chinois par les Protestants américains, à partir de la fin du XIXème, on raconte qu’il était difficile pour les résidents nouvellement convertis de représenter sur les vitraux Le Christ en croix décharné et affaibli moralement. Certains tentaient même de l’épaissir en lui prêtant un petit ventre rebondi…

Encore aujourd’hui, les Chinois comprennent difficilement la représentation de Jésus. La vision doloriste ne correspond pas à leurs convictions religieuses et philosophiques qui sont davantage orientées vers la sérénité et le bien-être.

Jésus et Milefu n’ont apparemment rien en commun. Jésus a été toutefois un fêtard quand il a changé l’eau en vin, et son message est celui de l’amour et non de la mort.

Bouddha s’éclate et Jésus pleure ? La réponse n’est pas si simple. En tous les cas, l’amour est bien ce qui les réunit.

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