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Le thé représente incontestablement la boisson la plus consommée en Chine. J’ai remarqué très rapidement que ce breuvage est ingurgité tout au long  de la journée et dans tous les lieux. Mes collègues de bureau préparent le matin un thermos qu’ils siroteront jusqu’au soir. Les chauffeurs de taxis, eux, sont toujours accompagnés d’un grand pot de thé placé près de leur siège.

Contrairement à nos habitudes occidentales, la consommation d’alcool est moins régulière. Dans les rares occasions où cette boisson est en abondance (mariage, nouvel an, etc.), on aperçoit fréquemment dans les rues de Shanghai des hommes complètement ivres tituber, soutenus par leurs acolytes…

Autrefois, la dégustation du thé constituait un art et il existait des manuels traitant de la manière de le boire.

A Shanghai, il existe encore aujourd’hui des maisons de thé qui proposent la traditionnelle cérémonie. Je suis allée visiter l’une d’entre elles pour tester et vous raconter…

Dans le temple de Confucius de Wenmiao lu, après la découverte du lieu, ma charmante guide Stéphanie, une étudiante chinoise, suggère une dégustation de thé. Je me retrouve alors dans une pièce, assise sur un tabouret en bois laqué, autour d’une vaste table sur laquelle sont disposés un plateau, plusieurs petites théières en terre ou en verre, des minuscules coupelles de porcelaine finement décorées et de multiples pots remplis de thés différents.

La cérémonie est placée sous le signe du Feng Shui, par la présence sur la table d’un crapaud doré à trois pattes (jin chan) tenant dans sa bouche une pièce de monnaie. Ce crapaud favorise la prospérité. Il est disposé en diagonale dans la pièce et tourne le dos à la porte d’entrée pour éviter que l’argent ne sorte de la maison. Pour inaugurer le rituel, Stéphanie inonde le crapaud d’eau chaude, laissant apparaitre sur la peau de l’animal les couleurs rouge, symbole de bonheur, verte, pour la longévité, et doré, pour la richesse.

                                                                                                                                                                                                                      Stéphanie commence la préparation du thé au jasmin, qui présente des vertus embellissantes pour la peau. Elle dispose une boule de fleur de jasmin séchée dans un grand verre qu’elle remplit d’eau bouillante. Noyée, la boule commence à s’épanouir lentement, jusqu’à reprendre la forme d’une fleur, constituée d’une longue tige et de feuilles. Après quelques instants, Stéphanie verse un extrait de l’infusion dans l’une des minuscules coupelles, permettant de savourer avec parcimonie. Les petites gorgées révèlent une sensation douce et légèrement sucrée.

Nous passons ensuite au thé au ginseng oolong. Oolong signifie en chinois « dragon noir » et désigne un thé à oxydation incomplète, située entre celle du thé noir et celle du thé vert. Le ginseng, qu’on ne présente plus en Occident, procure de l’énergie et rend la vie plus longue. Lorsque j’étais au lycée, ma mère me donnait déjà pendant les examens du ginseng sous forme d’ampoules… Le thé a l’apparence de petits morceaux durs couleur ocre. Stéphanie prend soin de les placer dans une théière en terre préalablement chauffée par l’eau. La saveur, plus perceptible que celle du thé au jasmin, s’apparente délicatement à celle du miel.

Pour terminer en beauté la cérémonie, Stéphanie offre un thé noir au litchi. Ce thé est sous forme de fines feuilles séchées noires, aspect plus classique que les précédents. La dégustation permet une surprise réelle, qui est celle d’un voyage exquis dans les sphères du délice, grâce à un goût subtilement fruité sans être pour autant acidulé.

Le thé a toujours fait partie de mon environnement familial (mon père, qui n’est pas chinois, en boit en quantité industrielle). Pourtant j’en ai toujours bu afin uniquement de me désaltérer ou me réchauffer, les arômes rencontrés n’ayant jamais transformé le thé en une gourmandise. Le thé noir au litchi me fait comprendre que l’inverse est possible. Il possède en plus des vertus médicinales contre les maux de ventre. A boire sans modération !

Stéphanie présente rapidement les autres thés et fait la promotion de ceux qu’elle m’a fait goûter. Je reste rêveuse quant aux prix exorbitants, mais promet de faire découvrir le lieu aux prochains visiteurs qui arriveront bientôt sur Shanghai. Le pouvoir du crapaud à trois pattes fonctionnera sans doute cette fois-ci !

Et toi, Ami lecteur, aimes-tu le thé ? Si oui, lequel préfères-tu ?

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