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La Baronne Nadine de Rothschild et Wang se trouvent dans un restaurant shanghaien à la décoration rococo. La Baronne est vêtue d’une robe verte à pois blanc et son brushing est impeccable. Wang porte un jean slim mettant en évidence ses jambes maigres et des baskets chinoises Faiyue.

La Baronne : (visiblement gênée) Elles sont amusantes ces personnes autour de nous. On les entend aspirer, mastiquer, recracher… Ça ne semble pas déranger les autres !

Wang : Chez nous, à table, les règles ne sont pas aussi strictes que les vôtres. Quand on mange, on mange ! En plus, je sais que chez vous, c’est la fourchette qui va à la bouche et non l’inverse. Regardez ici, la plupart des clients ont pratiquement la tête dans leur assiette ! En Chine, la bouche va aux baguettes …

La Baronne : Ces façons de faire seraient difficilement acceptables en France, même dans les milieux populaires. J’aperçois que nos voisins d’à côté mettent les os de la viande à même la table…

Wang : Cela est normal ici. Nous n’avons peut-être pas vos manières, mais nous savons recevoir avec générosité. Nos invités ne quittent pas la table tant que leurs ventres ne sont pas bien remplis. Si les assiettes sont vides, nous les remplissons à nouveau jusqu’à ce qu’elles ne puissent plus être terminées. En tant qu’invité, la règle de politesse est de laisser un peu de nourriture dans son assiette pour montrer à son hôte que l’on a bien mangé.

La Baronne : En effet, les règles sont différentes. En France, la politesse de l’invité est de terminer son assiette pour montrer que le plat était délicieux. L’hôte ne cherchera pas ensuite à le resservir. De toute façon on ne préparera pas une multitude de plats pour un dîner. Je dirais même que plus le dîner est raffiné, moins il y a en quantité…

Wang : Tout à l’heure, je vous ai offert une théière en porcelaine pour vous souhaiter la bienvenue dans mon pays. Vous avez ouvert le paquet devant moi et m’avez remercié. J’avoue que j’ai eu peur de déceler la moindre déception sur votre visage au moment où vous avez déballé le cadeau ! Chez nous, pour cette raison, on n’ouvre pas le cadeau en présence de la personne qui l’a offert.

La Baronne : (elle rit) Ah, je comprends mieux pourquoi la personne chez qui je loge a posé le cadeau que je lui ai offert sur le réfrigérateur sans même l’ouvrir !

Un rot sonore provient de l’une des tables voisines.

La Baronne : (courroucée) Décidément ! Est-ce normal cela aussi ?

Wang : Bien sûr ! Nous ne devons pas garder en nous des éléments qui pourraient nous gêner. Vous avez dû apercevoir des hommes cracher dans la rue, parfois même après s’être longuement raclé la gorge. Par contre, se moucher en public est pour nous extrêmement impoli. Nous savons que ce n’est pas le cas pour les étrangers.

La Baronne : (qui se mouchait, tout à coup embarrassée) Veuillez m’excuser Wang ! Je vois la paille dans l’œil de mon voisin mais pas la poutre qui est dans le mien… Nous sommes si différents ! Prenons-nous un dessert ?

Wang : Il y a peu de desserts chez nous et je crains que ceux que le restaurant propose ne vous conviennent pas. Pour vous réconcilier avec la culture chinoise, je propose que l’on assiste à une cérémonie du thé qui vous enchantera certainement. Qu’en pensez-vous ?

La Baronne : (elle retrouve le sourire) Avec plaisir mon cher Wang ! Je prends votre cadeau avec moi, il pourrait servir !

Nadine de Rothschild et Wang se lèvent de table et sortent du restaurant.

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