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Je vis dans l’ancienne concession française de Shanghai. Ce quartier reste le favori des expatriés occidentaux. Cela s’explique par la hauteur des bâtiments qui est à taille humaine, loin des tours démesurées de Pudong et l’architecture ancienne qui date de la fin du XIXème siècle. Les avenues sont bordées de platanes, permettant des promenades à l’ombre pendant la canicule, ce qui est très appréciable, croyez-moi !

Cet endroit est aussi très prisé car il y existe des supérettes avec des produits occidentaux : beurre, fromage, céréales pour le matin, pain, nouilles, mais aussi Nutella qui est un aliment bien sûr vital…

Lorsque je me ballade à l’ombre des platanes, je m’amuse à observer les étrangers et leurs habitudes.

L’étranger de 25 à 40 ans se déplace dans les rues de la concession sur son scooter Vespa, bleu ou rose, en compagnie d’une jeune femme assise dans son dos, occidentale ou chinoise. Le casque, souvent oublié, laisse apercevoir des cheveux mi-longs coiffés en arrière, une barbe de quelques jours et des lunettes de soleil lui dévorant le visage. Critères de la mode expat’ obligent, il porte souvent une chemise ouverte dans les tons clairs et un bermuda bordeaux.

Le dimanche midi, il brunche avec des amis ou des personnes rencontrées pendant la semaine à des events professionnels, histoire de développer son réseau pour ses affaires pouvant concerner l’embauche d’un nouvel employé ou la création de sa propre société. Les sujets de conversations tournent autour des nouveaux restaurants et clubs branchés, des connaissances en commun (« Tu fais du yoga au Terra Wellness de Changshu lu ? Tu dois connaitre Elisa ! »), du coût exorbitant de l’Ecole Française (les frais de scolarité s’élèvent à 8000 Euros par an en maternelle) et des compétences des ayis respectives. Ayi, qui se prononce « aillie » comme le mot « saillie », est dérivé de nanny, qui signifie nounou en anglais. Chaque expatrié emploie une ayi à temps variable selon les besoins. Elle peut faire le ménage, jusqu’à quatre fois par semaine pour un couple (!), faire la cuisine et s’occuper des enfants la journée ou le soir. Dans des cas particuliers, elle vit à la maison, pour un modique salaire avoisinant les 800 Euros par mois.

Durant la semaine, l’expatrié a un poste à responsabilité auquel il consacre énormément de temps. Il doit aussi composer avec les collègues chinois pour qui les règles de travail et la logique cartésienne occidentales sont loin d’être une évidence. S’il convie ses collègues à une réunion, il est possible que l’invitation soit acceptée mais qu’il se retrouve seul dans la meeting room ! En effet, un Chinois ne dit jamais non ! Il doit aussi admettre la sacro-sainte sieste sur le bureau après le déjeuner …

Heureusement, l’expatrié peut se détendre le soir autour d’un verre pris avec d’autres personnes qui lui ressemblent. Il parlera des Chinois avec plus ou moins d’indulgence tout en regardant les filles passer. Malgré tout, il réglera l’addition en disant : « Shanghai, c’est l’avenir ! ». Je le crois aussi.

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