Soirée à reculons …

party

Samedi dernier fin d’après-midi, l’air frais de l’automne est (enfin) descendu sur Shanghai et réveille les envies de chocolat chaud près de la cheminée pour ceux qui en ont une, et même pour ceux qui n’en ont pas …

Une soirée prévue depuis environ trois semaines va commencer dans quelques heures. Il a été demandé aux invités d’apporter un plat salé ou sucré. Pour ma part, se sera un crumble aux pommes (banal) avec de la cannelle (élément très original et complètement farfelu)…

Tout en préparant ce mets des plus difficiles, mon cerveau s’est complètement emballé quant à la soirée qui allait commencer. Voila, ne connaissant presque personne et délaissée par mon chéri « en déplacement », j’allais rester comme une potiche dans mon coin ou faire office de tapisserie. En plus, j’allais aussi être la seule femme à travailler, à ne pas avoir d’enfants et avec des cheveux frisés. Tous ces éléments réunis font beaucoup pour une seule personne vulnérable.

L’heure de se rendre à la soirée a sonné. Le crumble est raté, n’allez pas me demander pour quelle raison … Je m’habille, me coiffe et me maquille, mets le crumble loupé dans un sac et commence le trajet vers l’immeuble du quartier où la soirée est prévue. Telle une guerrière, j’avance le visage fermé à pas mesurés et réfléchis, et croise des amis qui me proposent de les rejoindre si la soirée s’avère difficile …

Je sonne à la porte de l’appartement. L’hôtesse m’ouvre, souriante et ravissante. Les quelques personnes déjà arrivées sont détendues et bien loin de mes interrogations. L’une d’entre elles a osé le pantalon orange. Cette personne ne peut pas être complètement coincée, cela me rassure. La moyenne d’âge est d’une trentaine d’années. Un couple de quinquagénaires fait son entrée. Une black à la coupe dynamitée (comprendre, aux cheveux frisés très volumineux) arrive avec un bébé et son mari, tandis que quelques femmes sans époux et aux cheveux plats font leur apparition.

Quelques heures et verres de cocktail plus tard, l’école des enfants (« Ils sont à Aiju ou au Lotus Bleu ? »), les ayis[1] et tout le reste a été bazardé jusque dans les lilongs voisins, pour laisser place à la « fête entre les peuples », c’est-à-dire entre toutes les personnes qui étaient là, peu importe l’âge, le type de cheveux, la couleur de pantalon, et peu importe le statut de taitai[2] ou de professionnel, et de parents ou pas encore…  La soirée s’est terminée par un paquito comme dans les fêtes du sud-ouest. J’aurais bien aimé moi aussi sauter et me faire porter tel un mec. Mais bon, il était sans doute encore trop tôt pour le faire…

Faisant partie des derniers à partir, j’ai pris en sens inverse le chemin emprunté quelques heures plus tôt. L’expression sur le visage n’était pas la même et le pas léger, beaucoup plus léger… Il ne manquait plus que mon chéri pour rendre la soirée encore plus exquise. A bientôt !

Credit photo : George Louis Baker

[1] Femmes de maison

[2] Femmes au foyer